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LE 
SAVANT,
SON  ŒUVRE,  SES  DÉCOUVERTES

 Après avoir parlé ainsi de l'homme, de sa vie et de son caractère, intéressons-nous au savant et à son œuvre. Pendant 25 ans, l'activité scientifique de M. Maillard est véritablement prodigieuse. Quelque cent cinquante publications, toutes du plus haut intérêt scientifique, jalonnent son parcours. Tous ses travaux portent la marque d'un esprit profondément original et d'un technicien particulièrement averti. M. Maillard avait la solide culture que confère le doctorat ès sciences physiques. Il était un chimiste véritablement complet, aussi instruit en chimie organique qu'en chimie minérale ou analytique, mais chez lui le chimiste se doublait d'un biologiste d'une rare perspicacité. On peut dire de lui qu'il était un biochimiste, dans toute la force du terme.

 M. Maillard n'oubliait pas non plus qu'il était médecin et c'est à la biochimie médicale qu'il a consacré la plus grande partie de son activité. Ses vastes connaissances, jointes à une belle intelligence et à une énergie peu commune, lui ont permis de concevoir et de mener à bien un grand nombre de travaux, dont les principaux resteront classiques dans les annales de la Science. Les travaux de M. Maillard se rapportent à six sujets principaux qui sont : 

 C'est dans sa thèse de doctorat en médecine, en 1903, que M. Maillard a rassemblé les résultats des recherches qu'il poursuivait déjà depuis plusieurs années sur l'indoxyle urinaire et les colorants du groupe de l'indigo. On ne peut lire cet ouvrage sans constater le sens de l'expérimentation et l'habileté particulière de son auteur. Ses remarques sont à la base de plusieurs techniques de recherche et de dosage de l'indoxyle urinaire qu'il a mises au point avec un soin méticuleux. Il étudia, en outre, les colorants bleus ou rouge solubles dans le chloroforme qui existent quelquefois préformés dans l'urine. Cette étude (phénomènes de Maillard) lui a permis de faire disparaître de la nomenclature de nombreuses matières colorantes indûment décrites comme individualités distinctes et qui n'avaient aucun droit à l'existence.

 Après avoir fait œuvre de chimiste, M. Maillard n'a pas manqué d'étudier en médecin la question de l'indoxyle urinaire. Il y est même revenu plusieurs fois pendant sa carrière, notamment à propos de l'importante étude quantitative qu'il fit de l'urine normale. M. Maillard a montré que l'indoxyle doit être classé parmi ses constituants constants, mais irréguliers. En se livrant à cette importante étude quantitative sur l'urine, M. MAILLARD étudie également le besoin de nourriture de ces militaires. Analysant avec précisions les repas des soldats, il rédige un rapport remarquable sur les besoins nutritionnels réels du contingent. Transmis au Ministère de la Guerre, ce rapport entraînera la modification des rations militaires dès 1908.

 C'est à l'étude du métabolisme de l'azote qu'il a apporté la contribution la plus importante. Dans cette étude sur l'urine normale, publiée en 1909, M. Maillard a fait connaître le coefficient qui porte son nom. M. Maillard attribuait à son coefficient la signification d'un indice d'imperfection uréogénique. Cependant, M. Maillard lui-même dès sa première publication sur ce sujet faisait remarquer l'influence possible des acides organiques ayant pu échapper à la dégradation totale. Le rôle neutralisant de l'ammoniaque était en effet déjà bien connu à cette époque. On sait aujourd'hui la fonction importante du rein dans le maintien de l'équilibre acide-base. Il sécrète une quantité d'ammoniaque en rapport avec la quantité d'acide introduite dans l'organisme ou engendrée par le métabolisme normal ou pathologique.

 Qu'il s'agisse des formes d'élimination de l'azote, du mécanisme de l'assimilation des substances azotées, ou même du cycle de l'azote dans la nature, on peut dire que c'est au rôle biologique de ce métalloïde que M. Maillard a consacré le meilleur de son activité.

 Cependant, chemin faisant, il n'a pas négligé de s'intéresser à d'autres sujets importants. C'est ainsi qu'ayant l'attention attirée par le soufre colloïdal, il décide en 1911 de s'attaquer aux problèmes complexes posés par le métabolisme du soufre, en prenant comme point de départ cet élément à l'état de solution colloïdale.

 Cet état physique, caractérisé par une extrême division, lui semble devoir favoriser l'absorption et le métabolisme du soufre. Le premier soin de M. Maillard est de rechercher une méthode de préparation du soufre colloïdal donnant un produit toujours identique à lui-même et très stable. En 1911, ces conditions ne sont remplies par aucune méthode connue.

 M. Maillard réussit à mettre au point la méthode de Wackenroder qui lui donne des préparations de soufre colloïdal parfaitement stables. Ingéré par des animaux de laboratoire, ce soufre colloïdal fut absorbé dans la proportion de 90 % ainsi que le montra l'analyse des matières fécales et de l'urine.

 La détermination des diverses formes du soufre urinaire donna les résultats suivants : la moitié environ du soufre colloïdal est éliminée sous forme de sulfates ; il existe d'autre part une augmentation nette des sulfo-conjugués, et enfin une proportion importante du soufre colloïdal est éliminée sous une forme appartenant à ce qu'il est convenu d'appeler soufre neutre ou incomplètement oxydé. Rapprochant l'abondance des composés du soufre neutre de l'augmentation des sulfo-conjugués, M. Maillard émit l'hypothèse suivante :

 Pour lui, la conjugaison se ferait avec des composés du soufre réduit, type cystéine, et l'oxydation n'aurait lieu qu'après la conjugaison. Les travaux de l'Américain Sherwin semblent apporter une confirmation à cette manière de comprendre l'important mécanisme par lequel se fait l'élimination de divers poisons organiques.

 Bien que menant de front ses recherches de chimie physiologique et des travaux de pure chimie organique sur les acides aminés, M. Maillard ne perdit pas de vue les applications possibles à la thérapeutique de sa méthode de préparation du soufre colloïdal. Il a publié avec le professeur Albert Robin une étude sur le traitement du rhumatisme chronique et des affections respiratoires par le soufre colloïdal. Il a de plus inspiré une thèse sur ce sujet.

 Par ses études magistrales sur la chimie urinaire, sur le métabolisme de l'azote et du soufre, M. Maillard avait déjà donné sa mesure comme biochimiste. Ses vastes connaissances, son habileté expérimentale consommée, lui ont permis d'aborder une question de chimie organique particulièrement délicate, les synthèses des peptides. Son idée directrice était, disait-il, la recherche du mécanisme de formation des matières protéiques dans l'organisme animal par soudure des acides aminés. Je ne crois pas me tromper en disant que sa pensée secrète était l'espoir de découvrir la véritable structure des protéines.

 Les méthodes utilisées par Emil Fischer pour la synthèse des peptides, fondées sur l'emploi de chlorures d'acides sont, de toute évidence, absolument étrangères à celles qu'emploie la nature. M. Maillard eut l'idée de rechercher la possibilité d'unir deux ou plusieurs acides aminés par des méthodes plus douces et peut être comparables à ce qui se produit dans l'organisme. Il a pleinement réussi dans cette entreprise en découvrant que les acides aminés peuvent se combiner entre eux par simple chauffage au sein de la glycérine (ou du glycérol, comme on dit aujourd'hui).

 Il a obtenu ainsi, par une méthode nouvelle, une importante série de composés cycliques déjà connus dans lesquels les aminoacides mis en présence sont unis réciproquement par leurs deux groupements fonctionnels. Ce sont des cyclopeptides, pour employer le terme qu'il a lui-même forgé. Les cyclopeptides peuvent résulter de l'union de deux acides aminés semblables ou de deux acides aminés différents

 Si l'on considère que dans toutes ces préparations à côté d'un produit principal se forment divers composés secondaires, on se rend compte aisément du travail considérable qu'ont demandé la séparation, la purification et l'identification de toutes ces substances. Ce travail fut fait selon les règles les plus strictes de la chimie organique. Il a valu à son auteur le grade hautement mérité de docteur ès sciences physiques, en juin 1913. 

L'intérêt qui s'attache aux cyclopeptides vient des arguments impressionnants qu'on peut faire valoir en faveur de l'existence de leur cycle dans la molécule des protéines. Dans la seconde partie de sa thèse, M. Maillard a étudié l'action des sucres sur les acides aminés. Cette réaction, remarquablement aisée, aboutit à la formation de produits bruns d'apparence analogue à l'humus naturel. L'étude comparative de ces produits et de ceux qu'il a retirés de la terre végétale a montré qu'il s'agissait de substances au moins très voisines.

 On peut donc dire que M. Maillard a réussi au laboratoire la reproduction artificielle d'un important phénomène naturel, et en a élucidé le mécanisme. En effet, dans la nature, des glucides hydrolysables en sucres se trouvent constamment au contact de protéines hydrolysables en acides aminés. On ne saurait trop souligner l'importance de cette découverte, cependant peu connue du monde médical.

 Après sa thèse de sciences et diverses publications s'y rattachant, se place l'interruption de ses recherches personnelles, imposée par la guerre. Dispensé de service actif en temps de paix à cause de sa vue, M. Maillard s'engage pour la durée de la guerre dès le 30 juillet 1914.

 Nommé à la Chaire de chimie biologique de la Faculté d'Alger en 1919, M. Maillard consacra son activité à son enseignement, auquel il sut imprimer un caractère profondément original. Il avait le souci, poussé jusqu'au scrupule, de le tenir au courant des travaux les plus récents, tout en éliminant d'une manière impitoyable ce qui ne lui paraissait pas établi avec assez de certitude.

 Pendant les années qui suivent la guerre, une lassitude facilement explicable par l'extraordinaire activité qu'il avait déployée, ne lui permet pas immédiatement de continuer ses recherches scientifiques. Une dizaine d'années plus tard, il reprend le travail expérimental ou tout au moins la direction de la recherche. Il a trouvé à Alger un collaborateur digne de lui.

 C'est un infiniment petit chimique, le titane, qui retient son attention. Avec M. Ettori, il met au point une méthode de dosage du titane qui se caractérise par une conception particulièrement élégante et une sensibilité extrême (x par 300). Elle permet en effet de doser cet élément sur des prises d'essai qui n'en contiennent que quelques millièmes de milligramme. Cette méthode est appliquée au dosage du titane dans le sang et les organes de l'homme et de divers animaux. Elle permet de démontrer pour la 1ère fois que le titane existe d'une manière constante, bien qu'à dose très faible, dans le sang et tous les organes de l'homme et des principaux mammifères. La dernière communication de M. Maillard sur ce sujet paraît après sa mort.                       

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 Ajoutons à ces travaux essentiels la véritable bible que représente le Traité d'Histologie et signalons encore les communications de Louis Camille faites sur Nancy. Bien qu'œuvres de jeunesse, elles montrent l'éclectisme et le sérieux du savant.

- L'influence du calcaire sur la végétation,

- Les loches d'étang,

- La présence de vanilline dans les orchidées lorraines,

- Sur une fibrine cristallisée du sang

- Muscle petit pectoral et tandem rachidien,

- Sulfate de cuivre sur les grenouilles,

- Sulfate de cuivre et Penicillium glaucum,

- Ionisation dans les phénomènes vitaux, etc., autant d'articles qui font connaître M. Maillard au-delà de la Lorraine. Louis Camille MAILLARD est à l'origine de la création de nombreux termes nouveaux correspondants à ses découvertes et introduits au dictionnaire Richet dès 1910 (l'indol et les cyclopeptides par exemple).

 M. Maillard a laissé une œuvre scientifique considérable et hautement appréciée en France et à l'étranger. En la parcourant, on reste véritablement étonné du nombre et de la qualité des travaux qu'il a publiés en un temps si court. Le résumé que je viens d'en faire ne peut en donner qu'une idée bien incomplète.

 Au niveau scientifique, l'histoire a conservé le nom de MAILLARD en l'associant à plusieurs appellations et formules :

 Hémi indigotine de Maillard

Phénomènes de Maillard (indigotine et indirubine)

Coefficient de Maillard (indice d'imperfection uréogénique)

Et bien sûr l'immortelle "réaction de Maillard" (action des sucres sur les acides aminés) qui vaudra à son auteur un rayonnement posthume universel.

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