Pour
parler de son caractère, il m'est apparu judicieux de reprendre les
propos de Monsieur le Doyen LEBLANC et de Monsieur ETTORI. Jugez plutôt
:
"Sa
perte est douloureuse pour la Faculté mais sa notoriété scientifique
était telle, sa magnifique organisation d'homme de laboratoire si rare,
les questions qu'il aborda dès sa jeunesse si importantes et les
solutions qu'il y apporta si nouvelles et si sûres, que c'est la
science française tout entière qui est frappée par cette mort.
Le
caractère de l'homme, la valeur et la haute autorité du professeur, sa
probité scientifique, son bon sens pénétrant et implacable, se mêlaient
pour modeler une personnalité considérable et attachante. La finesse
parfois malicieuse de son jugement, la distinction de son esprit, une
culture générale étendue et solide en faisaient un causeur habile,
captivant, aux pensées empreintes d'une philosophie souvent ironique et
parfois aussi, nuancée d'une inquiétante lassitude.
S'il
était homme peu communicatif, de principes rigides, il avait d'autre
part le respect profond des obligations professionnelles et le plus haut
sentiment du devoir. Cet homme qu'on sentait assez sceptique, un peu désabusé,
donnait aussi la certitude qu'il apportait une scrupuleuse attention à
son enseignement. Il réalisait certainement, aussi bien dans le sens pédagogique
que dans celui de la valeur scientifique, le professeur parfait. Le plan
original de son cours, le caractère expérimental qu'il tint à lui
toujours conserver, son souci poussé à l'extrême de le mettre
constamment au courant des recherches les plus modernes, mais en écartant
l'incertain avec autorité, lui valurent la plus respectueuse estime, la
plus unanime considération de ses collaborateurs et de ses élèves.
Il
laisse dans la Faculté où il a enseigné pendant 17 ans le souvenir
d'un savant éminent, d'un professeur d'une grande modestie et d'une
conscience très élevée. Ses travaux lui valent la considération
unanime des chimistes du monde entier".