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DIVORCE  ET  RAPPORTS  FAMILIAUX

 

Nul doute que comme nombre de chercheurs à l’époque, il ne passe plus de temps dans son laboratoire que dans sa maison. Jeanne et Henri Arthur ne doivent pas voir le Docteur tous les jours. La science est sans aucun doute plus importante que la famille. Cela expliquerait pour partie le divorce aussi rapide qu'exceptionnel à cette époque. Il est prononcé le 31/12/1913. La mention de divorce "passé en force de chose jugée" (non susceptible d'appel) figure sur l'acte de vente de l'immeuble parental, de la main du notaire.

 

Hormis ces dates que nous livre l’état civil, nous n’avons pas d’éclaircissement sur sa vie familiale et conjugale. Peu d'informations sur la première et un échec pour la seconde, c'est évident. Les recherches actuelles n'ont mis à jour aucune correspondance  ni avec son fils et son ex-femme, ni avec ses collègues, ni avec les voisins de Paris, de Pont-à-Mousson et d'Alger. Il aurait cependant correspondu avec un ami, cousin éloigné de surcroît, Dominique SENN, fils du Recteur, mais les recherches entreprises dans cette direction n'ont rien apporté à ce jour.

 

Un petit-neveu, Robert MAILLARD, (petit-fils de Roger, le frère de Louis Camille), nous a remis deux lettres de 1935 et 1936 adressées à son père Raymond. On y découvre un sens de l'humour tout à fait remarquable chez Louis Camille. L'homme était sans aucun doute un agréable compagnon !

 

Robert MAILLARD possède deux arbres généalogiques de la famille établis par son grand-père aux environs de la 1ère guerre mondiale. Sur l'un, le nom d'Henri, fils de Louis Camille, a d'abord été inscrit puis gratté. Sur le second, Henri ne figure même plus. Que s'est-il donc passé pour que Henri se trouve ainsi renié et éradiqué ? Des confidences, des particularités physiques (couleurs des yeux, de la peau, des cheveux) ou des ressemblances évidentes alertent-elles Louis Camille et sa famille ? Rappelons-nous que notre docteur est biologiste ! Faut-il lier ici les raisons du mariage et les causes du divorce ?

 

Mariage forcé, enfant préconçu, désaveu de paternité, boulimie de travail, présence rare au foyer, dispute familiale : autant de motifs mais quelle qu'en soit la raison, le mariage est rompu. Ressenti et vécu comme un échec cuisant, notre héros vit son divorce comme une tragédie grecque. Son engagement précipité dans la guerre ainsi que son départ pour l'Algérie ressemblent fort à des fuites en avant salvatrices. La distance est nécessaire à l'oubli !

 

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Tours, 27 août 1935

Mon cher Raymond

Tes parents que j'ai vus chez eux il y a quelques jours, m'ont en effet annoncé ton prochain mariage et m'ont aimablement invité à la cérémonie du 24 septembre.

Malheureusement je suis, cette année, très gêné par toute une série d'incertitudes qui ne me permettent aucun projet, même à courte échéance. Je ne sais même pas si je serai encore en France à la date indiquée ; les compressions et remaniements administratifs auxquels on se livre risquent d'avoir des répercussions qui pourraient m'obliger à reprendre mon service en mains plutôt que de coutume !

Dans ces conditions je ne puis me permettre d'accepter aucun rendez-vous, surtout pour signer à un acte officiel. Il me faut donc, à regret, te prier de m'excuser auprès de ta fiancée et de m'excuser toi-même si je ne puis vous porter en personne tous mes vœux.

Ce n'est pas par insuffisance de sympathie, crois le bien, et je voudrais que tu me permettes de t'exprimer mes sentiments avunculaires par un petit souvenir. Je ne sais si la mode est toujours aux cadeaux de mariage et si les jeunes époux sont, comme jadis, accablés sous le faix de quatorze demi-douzaines de fourchettes à huîtres et de dix-sept truelles à poissons.

En tous cas je ne veux pas me rendre coupable de la dix-huitième truelle ; je préfèrerais que tu choisisses toi-même quelque chose qui soit selon tes goûts et qui trouve sa place efficace dans ton petit boyau. Je mets donc sous cette enveloppe un simple chèque que tu pourras toucher sans formalité au Crédit Lyonnais. Vas-y le plus tôt possible, 19 Bd des Italiens.

En te renouvelant mes regrets de ne pouvoir te porter moi-même mes vœux à jour fixe, je te prie de les trouver ici et de croire aux sentiments affectueux de ton oncle.

  Signé :                         L. Maillard.                 version manuscrite

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UNIVERSITÉ D'ALGER

Alger, le 12 janvier 1936

  FACULTÉ DE MÉDECINE

                ET

     DE PHARMACIE

Chimie Biologique et Toxicologie

Mon cher Raymond

En te remerciant de tes aimables vœux pour 1936, je te prie de présenter à ta jeune femme mes meilleurs remerciements pour les souhaits qu'elle veut bien te charger de me transmettre.

Prie la d'accepter les vœux les plus sincères que le vieil oncle forme pour votre bonheur. 

J'ai vivement regretté, tu le sais, de ne pouvoir être libre de mes mouvements en temps utile pour vous porter personnellement ces vœux à Neuvy-Saint-Sépulchre*. La même semaine, j'ai raté deux mariages auxquels j'aurais tenu à assister : le tien, et celui d'un ancien préparateur de Verdun, alors jeune ingénieur chimiste fort distingué et pourvu du haut grade de soldat de 2éme classe, que j'avais cru pouvoir traiter en homme intelligent; poussant même la munificence jusqu'aux galons de caporal. 

Vingt ans après, il avait conservé encore une rancune si tenace, qu'il prétendait, en termes fort touchants, ne pouvoir se passer de son commandant en ce jour mémorable.

J'espère avoir plus de chance cette année, et faire la connaissance de ma charmante nièce, dont j'entends chanter les louanges, sur le mode dithyrambique, par tous les gens de la famille que vous êtes allés voir en Lorraine à l'automne dernier. 

Lorsque je me trouverai à Paris, je ne manquerai pas d'aller admirer l'installation de votre jeune ménage. Remercie bien, pour moi, ta femme de son invitation si cordiale. Mais il va de soi que je ne me permettrai pas d'être pour vous la cause du moindre dérangement. Merci encore.

Porte toi bien, heureux veinard et n'oublie pas de présenter à ta charmante femme les souhaits très affectueux du vieil oncle. 

Signé :                                        L. Maillard                                                      version manuscrite

* * NDLA : En Auvergne, dans le centre entre Châteauroux et Châteaumeillant         Haut de page