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Observation d'un cas de mélanhydrose par R. BLANCHARD

avec la collaboration de Louis MAILLARD pour la partie chimique

Il a été établi plus haut que la matière noire insoluble dérive de la transformation d'une substance chromogène soluble et incolore. Les facteurs de la transformation auxquels peuvent faire songer les circonstances du phénomène sont : le contact de l'air, la lumière, peut-être le contact des poils.

Celui de ces facteurs qui attire l'attention en première ligne est le contact de l'air, et nous avons des raisons, comme on le verra tout à l'heure, d'affirmer que la matière noire résulte de l'oxydation, à l'air, du chromogène soluble et incolore. En revanche, nous ne sommes pas en mesure, pour le moment, de décider si cette oxydation se fait directement par la seule action de l'air sur le chromogène, ou si elle a besoin, pour se reproduire, de l'intervention d'un ferment, d'une oxydase représentant ainsi quelque chose d'analogue au noircissement du suc des Champignons ou même de certains sucs animaux, sous l'influence des tyrosinases, ou encore à la coloration du pain bis par un phénomène analogue. Il est fort possible qu'une telle oxydase intervienne dans le cas qui nous occupe, et nous nous proposons d'exécuter les expériences propres à trancher la question, mais nous nous garderons, jusqu'à plus ample informé, de toute affirmation.

Dans le but d'étudier chimiquement l'enduit noir, chaque fois que j'ai eu le sujet personnellement à ma disposition, j'ai nettoyé les surfaces noircies avec de petits tampons de coton nitré imbibés d'eau. D'autre part, Mme C… m'a remis une certaine quantité de tampons de coton nitré, imprégnés de la substance noire qu'elle avait elle-même enlevée. Après dessiccation, ces cotons étaient dissous dans le mélange éther et alcool qui sert à la préparation du collodion. Après renouvellement du dissolvant à plusieurs reprises et lavages à l'eau par centrifugation, il reste une poudre noire très fine. La quantité obtenue a été insuffisante jusqu'ici pour tenter une étude chimique sérieuse et même pour décider la présence ou l'absence du soufre et du fer.

Toutefois, la minime quantité de matière noire recueillie a permis d'exécuter un certain nombre d'essais de dissolution fort intéressants. La substance est insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, le chloroforme ; insoluble dans l'ammoniaque même concentrée et même bouillante, ainsi que dans la soude à 1 %, même bouillante. Il faut la soude caustique à 10% pour obtenir, à l'ébullition, un commencement de dissolution, qui devient moins pénible, quoique peu rapide encore, dans la lessive de soude à 36 degrés B.(environ 30%) bouillante. La neutralisation par l'acide acétique ne précipite pas cette solution.

L'acide acétique, même glacial, ne dissout pas la substance noire, sinon peut-être des traces à l'ébullition. L'acide sulfurique concentré l'attaque longuement à froid, rapidement à chaud, en donnant un liquide brun noir.

La résistance extrême de la matière noire aux réactifs, même les plus énergiques, nous permet donc d'affirmer avec certitude qu'elle diffère des mélanoïdines et acides mélanoïdiques obtenus par l'action prolongée des acides sur les matières albuminoïdes, ainsi que de la mélanine des tumeurs sarcomateuses. La mélanine de l'épiderme et des poils paraît même moins résistante, car elle n'a pas semblé se dissoudre avec plus de facilité dans la soude à 5% ; de plus, la solution sodique de la mélanine des cheveux est précipitée par l'acide acétique, alors que la solution sodique de notre substance n'est pas précipitée.

Parmi les diverses substances qu'on a décrites sous le nom de mélanines, il n'en est qu'une, à mon avis, dont la résistance aux réactifs soit égale à celle de notre substance : c'est la fuscine de l'œil (Mays, Sieber, Landolt). Rien, dans l'examen sommaire que j'ai pu faire, n'autorise à distinguer la matière noire sudorale de celle des membranes oculaires.

Si donc un examen plus approfondi, que j'espère être en mesure de faire sur une quantité de matière suffisante, venait confirmer l'identité de notre substance avec la fuscine oculaire, on conçoit que cette étude présenterait un intérêt considérable, non seulement quant à la pathogénie du cas de mélanhydrose observé, mais aussi relativement aux processus normaux de la genèse des pigments de l'œil.

Il résulterait aussi de cette identité possible entre la fuscine oculaire et la matière noire sécrétée, que la mélanhydrose des régions para-oculaires doit être nettement distinguée, au point de vue chimique, des cas de cyanhydrose, par exemple, à dépôt bleu d'indigotine. Bien qu'il s'agisse dans les deux cas de la formation d'une substance insoluble, colorée par l'oxydation d'un chromogène soluble et incolore contenu dans la sécrétion sudorale, à la différence chimique des produits formés vient s'ajouter une différence physiologique.

Dans le cas de l'indigo, il s'agit d'une sécrétion banale et à localisation très variable, d'un produit de désassimilation normal, comparable jusqu'à un certain point à la sueur d'urée ; avec la fuscine, nous aurions affaire, au contraire, à une substance spécifiquement différenciée, dont la sécrétion anormale se limite aux environs immédiats de l'organe qui la renferme normalement.

Certains troubles oculaires présentés par notre sujet nous engagent à poursuivre les recherches dans cette direction.

Bull. de l'Académie de Médecine,  tome 58,  Blanchard pages 527 à 544, Maillard 545 à 547, le 17/12/1907

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Compte-rendu de l'Académie des Sciences CHIMIE BIOLOGIQUE.

Séance du 17 février 1936 - 202, pages 594 à 596 

Dosage du titane de l'organisme par extraction et photométrie

Note de Messieurs Louis MAILLARD et Jean ETTORI

présentée par Monsieur Marcel DELÉPINE.

 La méthode repose sur l'extraction des moindres traces de titane par capture dans un précipité ferrique. Les cendres d'organe sont dissoutes dans SO4H2  d'abord concentré puis ramené à 5 pour 100 environ ; on ajoute, si l'échantillon est pauvre en fer, quelques milligrammes de FeIII (sulfate) ; pour un échantillon riche en fer, cette addition ne serait qu'encombrante. Reste à choisir un précipité ferrique favorable aux opérations ultérieures.

Celui que donne la nitrosophénylhydroxylamine (cupferron) a l'avantage précieux de nous libérer aussitôt de l'acide phosphorique, qui reste dans le liquide si celui-ci, additionné d'acide tartrique, est suffisamment acide (2). A la teneur de 5 pour 100 en SO4H2, le précipité au cupferron ne peut contenir d'autres métaux que Fe, Zr, Ti, (Cu) ; lavé et calciné, il ne laisse d'autres résidus éventuels que Fe2O3, ZrO2, TiO2 (CuO).  Le résidu d'oxydes, redissous dans SO4H2, additionné d'acide tartrique, neutralisé par NH3 et réacidulé par SO4H2, est saturé de SH2 puis alcalinisé par NH3  le précipité noir élimine en totalité Fe (ainsi que les traces de Cu que le cupferron aurait pu enlever à un échantillon particulièrement riche), mais laisse Ti dans la solution. Celle-ci, acidifiée par SO4H2, débarrassée de SH2 en excès et du soufre, contient la totalité de Ti.

Il y a lieu de restreindre le volume de l'échantillon ; mais le sulfate d'ammonium qu'il contient en abondance gênerait la concentration, sans parler de l'acide tartrique dont la destruction totale serait indispensable, sous peine de colorations parasites qui interdiraient toute colorimétrie. Nous préférons une deuxième capture du titane, par le zirconium cette fois. Additionné de quelques milligrammes de Zr (sulfate), puis de cupferron, le liquide donne à nouveau un précipité très maniable, dont l'incinération laisse ZrO2 et TiO2. Ces oxydes sont dissous dans quelques gouttes de SO4H2, qu'on porte dans un petit ballon de 10 cm3 avec les lavages ; on ajoute 0,3cm3 de perhydrol, et l'on complète au trait 10 cm3.

Ce volume de 10 cm3 suffit à remplir des tubes que nous avons construits en nous inspirant des tubes de polarimètre, mais en verre de calibre assez modéré pour permettre une longueur de 40 cm. Rien de plus aisé, avec nos tubes, que de voir la réaction pertitanique jaune sur le titane extrait de 100 grammes de muscles frais, ou même de 50 grammes. Le zirconium ne gêne pas.

La mesure peut se faire par comparaison avec des tubes semblables chargés d'étalons à teneur connue en Ti et qui encadrent de plus en plus étroitement l'échantillon, jusqu'à égalité. Cependant, l'obligation de préparer extemporanément, pour chacun des échantillons, de multiples étalons, grève assez lourdement de travail.

Nous nous en affranchissons à l'aide du photomètre "graduel" de Pulfrich, qui exprime par un chiffre la transparence d'une colonne liquide, sinon pour une longueur d'onde isolée, du moins pour une région convenablement délimitée du spectre. Une fois pour toutes, avec des étalons de Ti soumis au perhydrol, nous avons construit une table et une courbe de transparence, auxquelles il suffit maintenant de confronter le chiffre de transparence lu au photomètre pour chaque échantillon.

Les observateurs exercés peuvent discerner un quarante-millième de milligramme (0Y,025), mais à cette dilution l'intrusion d'une poussière dans les solutions sulfuriques fausserait la mesure. Nous nous limitons au dix-millième de milligramme (0Y,1), notre méthode est ainsi trois cents fois plus sensible que celle dont on disposait auparavant et dont la limite se situait vers0mg,03 soit 30Y. Quant à l'exactitude, qualité différente de la sensibilité, elle ne semble pas, d'après les contrôles, inférieure à celle de bien des méthodes couramment acceptées.

Dès aujourd'hui nous pouvons affirmer la présence du titane dans le muscle de l'Homme et d'autres Mammifères, à teneur voisine de 8Y (huit millièmes de milligramme) pour 100 grammes de tissus frais, et dans le sang à teneur de 3Y seulement (trois millièmes de milligramme) pour 100 grammes de sang total. Il est tout naturel que des quantités si faibles se soient dérobées jusqu'ici aux chercheurs les plus réputés, qui ne disposaient d'une méthode aussi pénétrante.                                                             Haut de page

Séance du 6 avril 1936 - 202, pages 1459 à 1461

Sur la teneur en titane du corps des Mammifères.

 Note de Messieurs Louis MAILLARD et Jean ETTORI

présentée par Monsieur Marcel DELÉPINE.

Le titane a été maintes fois signalé chez les êtres vivants ; une large enquête de M. Gabriel Bertrand et Mme Voronca-Spirt* a confirmé sa présence dans divers groupes de végétaux et d'animaux. Cependant les Mammifères sont pour cette étude un objet particulièrement défavorable, à cause de leur pauvreté en titane : nos connaissances restaient ici très imparfaites, et l'on ne pouvait reprendre les recherches avant de trouver une méthode beaucoup plus sensible. * Comptes rendus 189, 1929, p. 221 ; Bulletin de la Société chimique de France, 4° série, 47, 1930, p. 643

Au cours d'observations anciennes, l'un de nous avait remarqué le pouvoir qu'ont des précipités ferriques de fixer, même à dilution extrême, diverses substances. Forts de cette notion expérimentale, et sans avoir à en examiner l'interprétation physico-chimique, nous avons tenté l'extraction des traces de titane que contiennent les organes.

La nitrosophénylhydroxylamine (cupferron) étant choisie comme précipitant, on a vu comment deux autres captures successives, l'une au fer, l'autre au zirconium, nous livrent dans quelques centimètres cubes de solution sulfurique tout le titane de l'échantillon, sans autre corps étranger qu'un peu de zirconium. Cet élément ne trouble pas la réaction de Schön (coloration jaune par le peroxyde d'hydrogène), qui sert depuis Weller au dosage colorimétrique du titane. L'œil nu reconnaît directement, dans un long tube, la teinte jaune serin caractéristique, jusqu'à la dilution de 1Y de Ti dans 10 cm3 ; la photométrie à travers un filtre bleu précise une décimale de plus, soit 0Y,1.

Réservant pour un examen ultérieur ceux des organes (peau et poils, poumon, tube digestif) que leur communication avec l'extérieur expose à l'intrusion de poussières peut-être titanifères, nous étudions ici les parties protégées, où apparaîtra mieux l'authenticité biologique du titane. Nos résultats sont tous rapportés à 100 grammes de matière fraîche ; c'est effectivement sur des prises de 100 grammes qu'ont été faites la plupart des analyses :

Sang total.- Homme, 2Y,3 à 3Y,1  ; Chien, 2Y,2  (deux dosages) ; Cheval, 2Y,9 ; Bœuf, 3Y,0.

Centres nerveux.- Homme, hémisphères cérébraux, 1Y,7 Chien, encéphale, 3Y,7; Mouton, encéphale,0Y,8.

Muscle strié.- Homme, 4Y,4 à 8Y,1 ; Chien, 1Y,5 (deux dosages); Cheval, 7Y,8 ; Mouton, 8Y,3.

Cœur (myocarde).- Chien, 3Y,5 ; Bœuf, 1Y,5 ; Mouton, 3Y,4.

Rein (parenchyme).- Chien, 1Y,7 ; Bœuf, 3Y,8 ; Mouton, 1Y,6

Foie (parenchyme).- Chien, 2Y,2 (deux dosages) ; Bœuf, 2Y,8 ; Mouton, 6Y,8

De ces chiffres il résulte que :

1°) Nous avons reconnu avec certitude et dosé avec précision le titane dans tous nos échantillons sans exeption, y compris les parties du corps des Mammifères où cet élément n'avait pu être décelé par la méthode antérieure : sang, muscles, centres nerveux.

2°) Ceux des organes où Ti avait été reconnu déjà ( cœur, rein, foie) ne sont pas plus riches que les autres, contrairement à ce qu'on aurait pu supposer. A cette occasion, nous avons tenu à soumettre encore notre méthode à de nouveaux contrôles, qui n'ont permis de découvrir aucune cause d'erreur. Dans certains cas, nous avons même pu répéter le dosage sur une nouvelle prise du même échantillon : la concordance à 0Y,1 exclut toute faute opératoire. Nos déterminations sont donc bien fondées.

Leur premier caractère est la diversité : le titane apparaît chez les Mammifères comme un élément de proportion irrégulière. Cette irrégularité ne nous surprend pas déjà nos devanciers n'avaient pu trouver trace de Ti dans le foie de Lapin, pas plus que dans celui d'un Oiseau, le Poulet. Cependant cette dernière espèce n'est pas exempte de titane : nous en mesurons 69Y dans 100 grammes de jaune fourni par 6 œufs de Poule, soit 11Y,5 pour un seul jaune ; le blanc n'en renferme que 3Y pour 100 grammes.

Pour l'élément Ti comme pour d'autres va se poser la difficile question de savoir si sa présence traduit seulement la pénétration banale d'un corps étranger parcimonieusement toléré par l'organisme, ou s'il joue un rôle spécifique : nous nous garderons de toute opinion prématurée. Du moins, la méthode par laquelle nous avons pu doser avec précision le titane dans tous nos échantillons permet-elle d'aborder numériquement le problème, ouvrant à cette exploration un domaine jusqu'ici fermé, celui des Mammifères.                                         Haut de page

 Séance du 4 mai 1936 - 202, pages 1621 et 1622

Répartition du titane dans les organes de l'Homme

 Note de Messieurs Louis MAILLARD et Jean ETTORI

présentée par M. Marcel DELÉPINE. 

Le dosage du titane au dix-millième de milligramme par notre méthode des captures a permis d'établir la présence constante de cet élément chez plusieurs espèces de Mammifères, considérées collectivement en tant que groupe zoologique. Ce premier point acquis, nous nous sommes attachés particulièrement à l'étude de l'Homme.

Nos déterminations précédentes comprenaient bien déjà quelques échantillons empruntés à l'espèce humaine ; nous avions choisi les tissus homologues de ceux où Ti était resté indécelable, avant nos recherches, chez les Mammifères en général. Nos résultats ne laissaient aucun doute : sang total, 2Y,3 à 3Y,1 ; hémisphères cérébraux, 1Y,7 ; muscle strié, 4Y,4 à 8Y,1.

Mais nous désirions une première vue d'ensemble sur la répartition du titane dans les principaux organes de notre espèce. Le tableau ci-dessous comprend une série de prélèvements faits simultanément chez un homme d'une cinquantaine d'années avec les soins les plus attentifs pour éviter toute contamination par des poussières extérieures

Ti  en Y pour 100 grammes de substance fraîche

Muscle strié 8,1 - Muscle cardiaque 2,3 - Cerveau (hémisphères) 1,7

Cervelet 4,3 - Bulbe et moelle 1,8 - Tendons (Achille, fléchisseurs) 5,5

Cartilage (costal) 5,0 - Peau (région dorsale) 2,4

Ti  en Y pour 100 grammes de substance fraîche

Intestin grêle  1,7  -  Foie (parenchyme)  3,0  -  Pancréas 2,9

Rein (parenchyme) 1,5  -  Rate  11,0  -  Moelle osseuse rouge 1,9

Surrénales 10,0  -  Thyroïde  8,7  -  Testicule  2,7

 L'intestin avait été soumis à une détersion soignée de la muqueuse, au moyen d'eau chlorurée isotonique : l'échantillon ainsi préparé ne renfermait manifestement pas de souillures titanifères.

Nous nous étions posé la question de savoir si les tractus conjonctifs qui pénètrent divers organes seraient susceptibles de modifier notablement la teneur attribuable au parenchyme spécifique de ces organes, et nous avons analysé diverses formations riches en tissu conjonctif : peau, tendons, cartilage. Ces échantillons n'ont rien révélé de particulier quant à leur teneur en titane.

L'interprétation du tableau exigerait une grande prudence. S'il est vrai, par exemple, que c'est la rate qui a donné la proportion de Ti la plus élevée, il ne faudrait pas se hâter d'en conclure à un certain parallélisme entre le titane et le fer : cette impression ne serait pas corroborée par les chiffres du sang, du foie, de la moelle rouge des os. Nous préférons donc ne pas nous aventurer dans le domaine des commentaires, et nous tenir, jusqu'à plus ample documentation sur le terrain des faits.                                                                 Haut de page